Technologies et développement de l’enfant, de ses parents, du lien humain

D’une génération à l’autre, la technologie évolue si vite qu’il est devenu difficile pour les parents d’avoir des repères. La recherche sur le développement de l’enfant arrive longtemps après qu’un nouveau bond technologique soit arrivé sur le marché, elle ne fait que courir derrière les dégâts. Autant il est évident qu’on ne mettra pas un moto dans la chambre d’un bébé, autant il n’est pas évident pour des parents d’anticiper l’effet des nouvelles technologies sur le développement de leur nourrisson. Ainsi par ignorance, ils exposent leur enfant et eux-mêmes à un environnement, puis à des activités peu favorables à son développement. 

Dans les années 80, typiquement la télévision étaient arrivée dans tous les foyers. Schématiquement les mères étaient seules à la maison et la télévision leur tenait compagnie, en particulier pendant les nombreux repas de leur petit, au sein ou au biberon. Or quelle est l’expérience d’un nouveau-né nourri devant la TV ? Il est au chaud, bien contenu par les bras de sa mère, il est de plus en plus satisfait, sa faim assouvie, en sécurité contre sa mère AVEC des éclats de lumières qui explosent contre les murs, un son haché qui n’a aucun sens pour lui et qui est indifférent à ses états, souvent des atmosphères intenses (suspense, nouvelles dramatiques, etc). En plus, sa mère dont l’attention est captée par ce qu’elle regarde, ne réagit pas comme d’habitude pour réguler ses aises et ses malaises. Ainsi, à cette expérience de satisfaction physiologique, sensorielle et sensuelle, il intègre des lumières par éclats, un discours de non-sens dans une atmosphère tendue et une mère presqu’absente. La situation se répète innombrablement au fil des jours, des semaines et des mois. Comme le bébé intègre une expérience de façon globale, son sentiment de sécurité englobe la télévision. Il va donc la rechercher naturellement.

On crée ainsi des addicts à la TV. Ils apprécient la TV par habitude, en bruit de fond, car elle leurs procure un sentiment de sécurité. Ils peuvent souvent avoir également associé nourriture facile et télévision et peut-être l’attrait d’un contexte intense lorsqu’ils les ont profondément inscrits dans leur expérience précoce. 

Il faut noter que tout animal s’oriente de façon réflexe vers ce qui bouge afin d’identifier rapidement un danger. Certains parents pensent que leur bébé s’intéresse à la TV puisqu’il la regarde de façon soutenue. Mais leur bébé la regarde juste parce que ça bouge et qu’il en est captif ! Les chaînes ont voulu profiter de ce réflexe et créer des émissions pour bébé (ex. « Bébé Einstein »). Il a été démontré que les bébés exposés à ce genre de séries montraient un retard de développement (langage en particulier). 

Pour se développer de façon ancrée dans son corps, un bébé a besoin d’activités dans le cadre d’une relation. Il a besoin d’interactions et de la réaction de l’adulte à ses découvertes et à ses progrès. Il a besoin d’expériences en 4 dimensions, à la vitesse de son cerveau et de ses capacités motrices en développement, dans le spectre d’intensité qu’il peut tolérer, où les activités qu’il initie ont un effet, où il actionne son corps dans l’espace, où il perd l’équilibre et le retrouve, et où l’adulte l’accompagne de son attention, de ses affects et de sa protection. 

Dans les années 2010, c’est le téléphone portable qui est devenu le nouvel appendice obligatoire. L’attention d’un parents est irrésistiblement attirée par cet objet aux moindres sons ou apparitions de notifications. Le tél. portable interrompt toute conversation, toute activité, il est devenue prioritaire. Même sur l’échange entre une mère et son bébé. L’attention d’un parent n’est plus absolue comme elle pouvait l’être, elle est devenue beaucoup plus fragile. 

Un bébé apprend par mimétisme, il voit très bien que cet objet est très attirant, qu’il est même plus important que lui. Il va donc s’y intéresser dès qu’il pourra saisir un jouet. Il va même apprendre à le manipuler pour faire varier les images…tourner les pages avec un seul doigt. Et souvent les parents sont très fiers des prouesses de leur bébé dans ce domaine. 

L’énergie et l’attention qu’un bébé met dans ce genre d’activité avec un effet rapide spectaculaire pour lui, mais stérile, le détourne de sa tâche développementale. Le moteur bien huilé du développement avec ses fenêtres propices sera peut-être moins exploité qu’il le devrait. L’ancrage dans le corps, le développement d’un chemin maitrisé pour obtenir un résultat sera peut-être moins bien intégré…on ne sait pas encore tout, mais intuitivement on peut se dire que selon l’importance de l’usage du téléphone portable, l’interférence aura des conséquences.

Internet. Là mon inquiétude se tourne du côté des parents. Devenir parent est une expérience déstabilisante. Tout le monde aime le sentiment de contrôler les situations, mais cette fois, il y a un immense saut dans l’inconnu. Déjà pendant la grossesse, le corps se transforme de façon impressionnante, c’est déstabilisant physiquement et dans le sentiment d’identité de la femme. Elle devient deux. Ensuite l’accouchement et l’arrivée d’un nourrisson dont il faut assurer la survie et la sécurité alors qu’on ne sait pas comment faire, font basculer les nouveaux parents dans un inconnu bourré de questions. 

A cet égard, Internet est formidable car le réseau offre justement des réponses à toutes les questions. Le problème c’est que ces réponses ne sont pas toujours fiables et qu’elles peuvent aller dans tous les sens. Elles sont rarement adaptées précisément à votre situation, avec l’enfant que vous avez, à l’âge qu’il a. Plus ennuyeux, l’effet est souvent anxiogène.

Devenir des parents solides et confiants demande d’avoir le courage de chercher des solutions à l’intérieur de soi, de revenir à ses propres sentiments, d’interroger ses intuitions. On peut aussi chercher des conseils, des exemples et des contacts vivants autours de soi ; dans des interactions réelles, la prise d’information est beaucoup plus complète et ajustée. C’est par ce chemin qu’on apprend à découvrir, à développer et à se fier à son instinct de parent. C’est par là qu’on sent ce qui peut marcher ou pas, qu’on apprend de ses erreurs et qu’on se bonifie. C’est dans une relation directe entre les signaux de son bébé et les réponses qui viennent naturellement, fruit de l’expérience accumulée progressivement qu’on devient parents.

Intelligence Artificielle. Aujourd’hui c’est l’explosion de progrès de l’IA qui nous inonde. C’est encore un saut possible dans l’aliénation des parents  (et plus tard des jeunes enfants). Car l’IA saura très bientôt rappeler aux parents les soins nécessaires à leur enfant : « C’est l’heure : avez-vous pensé à nourrir votre bébé ? », « Il dort depuis plus de 4h, est-ce qu’il respire toujours ?», « Avez-vous accordé suffisamment d’attention à votre bébé aujourd’hui ? ». Comme elle peut déjà conduire votre voiture, l’IA se substituera facilement à votre responsabilité de parents qui sent instinctivement les besoins de son enfant. Elle se substituera à cette responsabilité qui relie un parent et son enfant, à cette attention flottante et permanente pour lui. Elle menace vos initiatives et votre bon sens. Si vous la laissez, elle prendra votre place.


Quel enfant les parents souhaitent-ils voir grandir ?

Quels parents ont-ils envie d’être ?

Quel genre de lien et quel noyau familial ont-ils envie de construire ?

Quelles sont leurs priorités ? Où est leur joie ?


S’ils sont informés, les parents peuvent choisir où ils mettent leurs priorités. Autrement, ils risquent bien de se trouver doublés par l’ubiquité des moyens technologiques séduisants dans un marché agressif commercialement.

Aujourd’hui il faut anticiper pour pouvoir aligner activement sa vie sur ses propres valeurs. 

© 2026 Centre Brazelton Suisse. Tous droits réservés

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