Hommage à T. Berry Brazelton

Hommage à la Vie et à l’Œuvre de T. Berry Brazelton
10 mai 1918 – 13 mars 2018
Harvard Medical School, 22 Avril 2018
Son influence à l‘échelle internationale – Dre Nadia Bruschweiler-Stern

Le drapeau de Harvard était en berne pendant la semaine du 13 mars, comme le cœur de centaines de professionnels spécialistes des bébés à travers le monde ! Berry Brazelton a accompli une révolution profonde et non-violente en transformant le "bébé - objet de soins" en une personne à part entière, expressive et lisible. On peut dire qu’il a été le Gandhi des nouveau-nés. J’ai découvert récemment que même mon jardinier avait été touché ! Il m’a dit avoir lu les livres de Brazelton. Dans la prestigieuse Université de Harvard, qui s’intéresse au fait qu’un jardinier suisse lise les livres d’un de ses professeurs ? Pourtant cet homme a modifié son comportement vis-à-vis de son bébé, de sorte que l’expérience de son enfant et leur relation ont été modifiées très tôt. Cela a changé leur vie ! De tels changements apportent une meilleure qualité de vie et une meilleure santé, dans une et dans des milliers de familles. Ils économisent aussi de l’argent au système de santé. Ils ont un impact social et économique considérable. C’est la somme de ces millions de gouttes d’eau qui remplissent un océan et changent le monde. Harvard avait ce pionnier exceptionnel dans ses murs. D’ailleurs c’était probablement assez étrange parce que Berry ne se consacrait pas à la découverte d’un enzyme ou d’une maladie inconnue. Il travaillait sur l’air que nous respirons : la santé. Par définition invisible pour la médecine ! Son travail pouvait difficilement être considéré comme de la science par un milieu centré sur les pathologies. En effet, Brazelton mettait surtout son énergie à comprendre le fonctionnement sain, le développement des ressources de santé pour la propre régulation de l’enfant et celle de ses relations interpersonnelles. En dépit d’un manque de reconnaissance, Berry Brazelton a fermement et infatigablement poursuivi le chemin de sa propre vision. Berry et son équipe ont formé et encadré un vaste réseau de professionnels autour du monde, une grande famille. Et à notre tour, nous formons d’autres générations de professionnels qui s’adressent aux parents d’aujourd’hui dans de nombreux pays. Dans ce processus, ce qui était remarquable chez Berry, c’est qu’il nous accompagnait aussi dans le développement de l’enseignement que nous menions sur notre propre lieu de travail. Comme il l’a fait pour beaucoup d’autres, Berry est venu à Genève quand j’ai ouvert le Centre Brazelton Suisse. Il a donné une conférence pour 1260 personnes et les a enroulées autour de son petit doigt. Il a également charmé le directeur de la clinique où je travaille depuis maintenant 20 ans. Parallèlement à cela, porté par une curiosité permanente, il rassemblait toutes sortes d’informations sur les pratiques entourant les bébés, sur la parentalité et sur les droits des parents dans chacun des pays qu’il a visités. Quel âge avait vraiment Berry ? Certains esprits n’ont pas d’âge et Berry était l’un d’eux. Pas d’âge parce que tous les âges ! Berry avait la capacité de penser avec une intelligence visionnaire et la persévérance pour réaliser sa vision. Il pouvait ravir les foules. Il pouvait séduire et se laisser séduire comme un adolescent (par exemple, Laurence Pernoud, auteure française pionnière de livres destinés à rendre accessibles les connaissances sur la parentalité, c’est elle qui a publié les livres de Berry en français). Il pouvait jouer comme un enfant. Nous avions développé le rituel de jouer aux billes chaque fois que nous nous sommes rencontrés, lors de conférences ou de visites, dans n’importe quel lieu : sur le tapis de nos hôtes, un coin de table au restaurant, la moquette des hôtels, et nous avons beaucoup ri en violant toutes les règles convenues ! Il avait une aisance presque magique à établir des conversations profondes avec les nouveau-nés, et aussi il avait la sagesse du vieillard que la plupart du temps, nous oubliions qu’il était. Avec Berry, nous pouvions travailler sérieusement sur un projet de recherche (ma thèse sur la disponibilité socio-affective des bébés dans les orphelinats roumains), analyser des images vidéo (l’an dernier sur un bébé qui présentait des signes autistiques sans l’être), pleurer sur des histoires tristes, et nous dissoudre en éclats de rire. Il écoutait, il comprenait et il se souvenait ! Il avait un esprit plein de vitalité, vif, enjoué et libre. Voici brièvement deux anecdotes. Pendant l’automne 1994, alors que mon mari, Daniel Stern, et moi passions une année à l’Unité de Développement de Brazelton à Boston, au cours d’une réunion très matinale, le téléphone a sonné. Certains d’entre vous se rappellent peut-être le violent attentat qui a eu lieu à Oklahoma. Le rez-de-chaussée du bâtiment qui a explosé abritait une garderie et beaucoup de jeunes enfants ont été sauvagement tués. Hillary Clinton, épouse du président à l’époque, cherchait Berry Brazelton pour lui demander conseils afin de soutenir les familles. Cette fois, c’est la première dame qui interrompait ses activités, mais j’ai vu Berry être tout aussi disponible et chaleureux pour un sans-abri dans la rue, ou pour un steward à l’aéroport qui l’arrêtaient en disant : "Hey Doc ! Je vous ai vu à la télé !". Comme nous le savons derrière chaque grand homme se trouve une femme exceptionnelle. Crissie Brazelton a gardé son mari sur la bonne voie de plusieurs manières, avec son esprit clair et bien structuré et son élégance naturelle, c’était une lady. Quand je leur rendais visite, j’aimais leur habitude de prendre l’apéritif en fin de journée en se racontant leur journée. C’était une sorte de réalignement quotidien de leurs expériences. Berry m’a dit l’été dernier qu’il continuait à lui parler tous les jours. J’aime penser qu’ils ont pu reprendre leur habitude maintenant. Une autre réaction m’a frappée il y a trois ans, à Barnstable, quelques jours après la mort de Crissie. Ils avaient dû quitter leur maison de Cambridge avec difficulté, et je pensais que Berry voudrait peut-être y retourner, pour être plus près de ses amis et du Children’s Hospital où il continuait à aller régulièrement. Mais quand je lui ai demandé : "Et maintenant Berry, qu’est-ce que tu vas faire ?" À 97 ans, alors qu’il vient de perdre sa femme, il m’a répondu : "Eh bien, il y a un gros problème de drogue chez les adolescents dans cette région, je vais voir si je peux les aider ! » J’étais abasourdie : non seulement il regardait vers l’avenir, mais il pensait déjà et toujours aux autres. J’ai eu la chance d’être proche de Berry Brazelton pendant 35 ans et je lui suis infiniment reconnaissante de l’homme qu’il a été. Je suis reconnaissante aussi envers Crissie et envers leurs enfants qui ont toléré sa passion et ont partagé Berry avec un large éventail de personnes inconnues. J’ai été touchée par la façon dont Berry voulait et a eu besoin de rattraper le temps perdu avec sa propre famille dans la dernière partie de sa vie. C’est une autre leçon qu’il nous a donnée : il n’est jamais trop tard pour réparer et construire plus loin.

A Tribute to the Life and Work of T. Berry Brazelton
May 10, 1918 – March 13, 2018
April 22, 2018, Harvard Medical School
International Impact – Nadia Bruschweiler-Stern, MD

Harvard’s flag was lowered to half-staff on March 13th. You in Boston may not know that the hearts of hundreds of people around the world were also affected ! Berry led a quiet, non-violent but full revolution by turning the Bb-object of care into a full, expressive and readable person. He could be called the Gandhi of the newborns. I discovered that even my gardener had been affected !! He read some of Brazelton’s books as he told me earlier this week. Who would wonder in a major University that a gardener in Switzerland reads the book of one of its professors ? This man changed his behavior with his child, and then his child’s experience and their relationship were changed very early on !!?? For them, it was life-changing. These changes make for a better quality of life and for a better health, in one and in thousands of families. They save money for the healthcare system. They have a significant social and economic impact ! It is the sum of these millions of drops in the water that fill up an ocean and change the world. Harvard had this this very special pioneer within its walls. It was probably especially difficult to realize because Berry did not work to discover some new cryptic enzyme or sickness. He worked on the air we breathe : good health, by definition invisible to medicine ! His work could hardly be considered as science in a world focused on pathology, while he mainly put his energy into uncovering the healthy functioning, the reinforcement of strengths and self and interpersonal regulation. In spite of a lack of recognition, Berry pursued his own direction with his own vision and tireless mind. Josh Sparrow and Kevin Nugent can talk more eloquently about the huge network of professionals around the world that Berry and his team trained and mentored, a big family. And we trained - and will continue to train - other generations of professionals who reach out to parents today in many countries. In this process what was special about Berry’s way, is that he would also accompany us in developing a training in our own work place. As he did for many others, Berry came to Geneva when I opened the Swiss Brazelton Center. He gave his first talk there to 1260 people. He wrapped them around his little finger and charmed the director of the clinic, where I have been working now for 20 years ! In the process, his ongoing curiosity would gather all kinds of information about practices around babies, about parenting and parent’s rights in each of the countries he visited. How old was Berry, really ? There are spirits that have no age. Berry was one of them. No age because all ages ! He had the ability to think with a visionary intelligence and the mature perseverance to achieve his vision. He could thrill crowds ; he could be seductive like an adolescent (Laurence Pernoud for example, renown French author of parenting books and director of a collection that published Berry’s books in French). He could play like a child. For example, we developed a ritual of playing marbles anywhere every time we met, at conferences or visits, in restaurants or on the floors of hotel, and we laughed breaking all expected rules !) He had an almost magical facility to have deep conversations with newborns, and even the ability to be as wise as the very old man we, most of the time, forgot that he was. With Berry, we could work very seriously, analyze video pictures, cry about sad stories, and dissolve into belly-laughs. He listened, he understood and he remembered ! He had a lively, playful and a free spirit. I would like to tell briefly 2 anecdotes : In the fall of 1994, while my husband Daniel Stern and I were spending a year here at the Developmental Unit, during an early reunion the phone rang. Some of you may remember the bombing that occurred in Oklahoma. There was a daycare center at the bottom of the building that exploded and many young children were killed. Hillary Clinton, the wife of the President then, was on the phone asking for advice to support the families. This was exceptionally the first lady interrupting him, but I saw Berry being equally warm and available for a homeless man who stopped him on the street, or for the steward at the airport saying : « Hei Doc ! I saw you on TV ! ». As we know behind every great man is an exceptional woman. Crissie kept him on track in many ways, with her clear and well-structured mind and her natural elegance. She was a lady. When I was visiting them, I enjoyed their habit of the 6 o’clock drinks with a debriefing of the day. It was some kind of daily realignment of their experiences. Berry told me last summer that he kept talking to her every day. I like to think that they can resume their habit now. Another reaction struck me three years ago, in Barnstable, a few days after Crissie died. They had just moved away from Cambridge with difficulty for him, and I thought he might want to move back there, closer to his friends and to Children’s. But when I asked him : “And now Berry, what are you going to do ?” At 97 years old, just after having lost his wife, he answered : “Well, there is a big drug problem among adolescents in this area, I want to see if I can help !” I was blown away ! Not only was he looking into the future, but he was already and as always thinking about others ! I was lucky enough to be close to him for 35 years and I am infinitely grateful to him for who he was. I am thankful also to Crissie and their children who tolerated his passion and shared him with a wide range of unknown people. I was touched by how Berry wanted and needed to catch up with them later in his life. This is another lesson he gave us : it is never too late to repair and build further !

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